BMRA - les Glénan hors saison : un vrai paradis !
BMRA - les Glénan hors saison : un vrai paradis !
Mardi 30 septembre 2025
Les photos non signées Pascal J Yanike kayak sont de Jean Drouglazet
En ce début de semaine, l'anticyclone est revenu sur la pointe bretonne.
Une belle occasion de retourner naviguer dans l'archipel des Glénan, loin de la foule de l'été, et en dehors des périodes d'interdiction de débarquer sur certaines zones.
J'ai donc proposé aux sympathisants de la BMRA (Beg-Meil Roll Academy) de m'accompagner pour 2 jours de navigation.
Marie, Alix, Michel et Jean ont répondu à l'invitation.
Nous nous retrouvons au port de Beg-Meil ce mardi matin.
La mer est belle, il y a peu de vent, le soleil est au rendez-vous, nous avons l'impression de nous retrouver en plein été, mais sans l'affluence.
La mer est haute à 10h36, coefficient 28, et basse à 17h17.
Après avoir chargé nos kayaks, nous embarquons vers 10h45.
Nous longeons les très jolies criques vers la pointe de Beg-Meil.
Devant le sémaphore de Beg-Meil, nous prenons contact avec celui-ci par VHF pour les informer de notre navigation.
La traversée vers l'île des Moutons s'effectue sans problème. La navigation est très agréable, la houle nous porte légèrement.
L’île des Moutons se dessine à l’horizon : plate, sauvage, avec son phare dressé comme un veilleur solitaire.
Nous l'atteignons en moins de 2 heures de navigation.
L'île est déserte.
Nous apercevons quelques phoques.
Nous débarquons sur la plage près de la cale.
Cet environnement est toujours incroyablement beau, et on ne s'en lasse pas.
Nous avons ici le sentiment d'une déconnexion totale, et qu'est-ce que cela fait du bien !
Après le pique-nique, nous faisons une balade sur l'île.
Nous arrivons au pied du phare, dont les pierres racontent plus d’un siècle de veille.
Nous imaginons les gardiens d’autrefois, scrutant l’horizon, isolés mais fiers de leur mission. Le phare ne se visite pas, mais il impose le respect.
Dès 1795, les marins réclament un feu de signalement pour éviter les nombreux naufrages causés par les écueils environnants.
En 1848, une pétition d’armateurs est envoyée au préfet.
Le phare est finalement construit entre 1877 et 1879, mesurant 18 mètres de haut et offrant une portée de 15 milles nautiques.
En 1905, Louis Quéméré devient gardien du phare. Il s’installe avec sa famille, cultive un potager, élève des poules et des moutons, et pêche à bord de son canot nommé Moélez.
Le phare est électrifié en 1951 et automatisé en 1983, d’abord télécontrôlé depuis Concarneau, puis connecté à la station de contrôle du phare du Créac’h à Ouessant.
Nous quittons le phare et passons devant le "menhir".
Cette pierre a longtemps été considérée comme un menhir, vestige d’une civilisation néolithique.
Pourtant, les recherches archéologiques ont montré que cette pierre est d’origine naturelle, façonnée par l’érosion et les éléments.
Elle ne présente ni traces de taille humaine ni alignement rituel, contrairement aux véritables menhirs bretons.
L’île aux Moutons a cependant bien été occupée dès le Néolithique, comme en témoignent des urnes cinéraires, des outils, et des structures funéraires retrouvés sur place.
Nous poursuivons notre balade vers l'ouest de l'île.
En cette saison, l'île est plutôt calme, les oiseaux sont partis.
Depuis 1960, l’île est classée réserve ornithologique, abritant des espèces comme les huîtriers pies, gravelots, et sternes pierregarin, de Dougall et caugek, qui y vivent en toute tranquillité.
Après avoir niché sur l’île entre avril et août, les sternes entament leur migration vers le sud :
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Sterne pierregarin : Migre vers les côtes d’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal, la Mauritanie et parfois jusqu’en Afrique du Sud. Certaines passent par l’Espagne et le Maroc.
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Sterne caugek : Se dirige vers les zones côtières tropicales, souvent en Afrique de l’Ouest, mais aussi vers la mer Rouge et le golfe Persique.
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Sterne de Dougall : Très rare, elle migre vers les Caraïbes, les Antilles, et parfois jusqu’aux côtes du Brésil.
Pour les autres espèces :
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Gravelot à collier interrompu : Se disperse vers les côtes méditerranéennes ou atlantiques, parfois jusqu’en Afrique du Nord.
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Huîtrier pie : Certains restent en Bretagne, d’autres migrent vers les côtes ibériques ou britanniques
Les seuls animaux terrestres que nous rencontrons aujourd'hui sont les lézards et les lapins.
Nous retrouvons nos kayaks, et nous reprenons la mer le cœur léger, avec le sentiment d’avoir touché quelque chose de rare : une île hors du temps, où la nature et l’histoire se tiennent la main.
Nous contournons l'îlot d'Enez Ar Razed par l'Est... et restons à distance de quelques phoques, afin de ne pas les déranger sur leur reposoir.
Nous faisons cap au 185 pour rejoindre l'îlot de Castel Braz.
Cet îlot s'élève à environ 13 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Nous en faisons le tour en kayak, puis Jean et moi y débarquons.
La manoeuvre est un peu délicate, heureusement que la mer est calme.
Une fois au sommet, nous admirons ce superbe chaos rocheux.
Le panorama sur l'archipel est magnifique, quelle chance de profiter de cette vue aujourd'hui.
Entre les rochers, la terre a permis à certaines plantes de pousser, fournissant un espace de verdure que la mer ne recouvre pas.
Des habitants ont-ils vécu ici ? Je n'ai pas trouvé l'information.
Après cet intermède inédit, nous reprenons la mer pour naviguer vers l'île Saint Nicolas.
A bâbord, le vieux phare du Huic.
Un fort construit dans le sable, et des mâts plantés sur la plage ... c'est le tombolo entre les îles Saint Nicolas et Bananec, que nous devons contourner car la mer est trop basse.
Nous voici dans la "chambre", et nous pouvons admirer Fort Cigogne rénové.
Cette journée se termine par un beau spectacle offert par la nature ...
Mercredi 1er octobre 2025
Nouvelle représentation ce matin : le lever du soleil.
Celui-ci embrase le ciel de teintes chaudes — orange, rose, violet — qui se fondent dans l’horizon comme une aquarelle vivante. Les traînées d’avion ajoutent une touche graphique inattendue, presque comme des coups de pinceau tirés sur une toile céleste.
Une véritable ode à la tranquillité et à la beauté brute de la nature.
Nous naviguons vers Fort Cigogne ...
... et nous débarquons sur la cale.
Le fort a récemment été restauré.
Pourquoi Cigogne ?
Dans le livre -Les Glénan, histoire d’un archipel- éditions Palantines, Louis-Pierre Le Maître donne une explication : avant la construction du Fort, le rocher qui dominait la Chambre (la principale anse intérieure de l’archipel) devait avoir sept coins, (seiz Kogn), d’où cigogne.
Construit au XVIIIe siècle, le fort fut édifié pour interdire le mouillage de la chambre à Saint-Nicolas aux corsaires anglais qui guettaient, à l’abri des îles, l’arrivée des navires au large et avaient ensuite toutes les facilités pour les arraisonner.
Les travaux, débutés en 1755, ne furent jamais achevés.
Les canons ne peuvent envoyer leurs boulets à plus de quelques centaines de mètres, or c'est précisément la distance qui sépare Cigogne de Penfret ou les corsaires anglais continuent de couler des jours heureux. Ils ont d'ailleurs conclu un accord avec la garnison de Cigogne : "vous laissez nous tranquilles et nous ne tirent pas sur les bateaux qui approvisionnent vous..."
Bien à l'abri les anglais vont faire de Penfret la plus riche des îles de l'archipel. Ils y construisent deux cales et creusent un troisième puits.
La garnison de Cigogne compta une centaine d'hommes, mais les conditions de vie particulièrement difficiles et l'insalubrité conduisirent quelques années plus tard à désaffecter le fort.
La tourelle qui surmonte le fort a, quant à elle, été construite au début du XXe siècle pour servir d’amer. Un point de repère encore bien utile aux nombreux plaisanciers qui font escale dans l’archipel.
Déclassé en 1891, le fort accueillit un observatoire météorologique de 1891 à 1940.
De 1940 à 1944, il fut occupé par l’armée allemande et régulièrement utilisé comme logement saisonnier par des pêcheurs de 1891 à 1974.
Depuis 1957, il est loué par le centre nautique des Glénan.
Fort Cigogne a été classé au titre des Monuments historiques en 2013. Il est propriété de l’État, qui l’a affecté au Conservatoire du littoral en 2015.
Le fort fait également partie des quatorze monuments bretons retenus dans le cadre de la Mission 2018 « patrimoine en péril » confiée à Stéphane Bern.
Les travaux de restauration ont commencé en automne 2018 et devaient se terminer en 2022. La crise Covid a occasionné du retard.
Réhabilité après six ans de travaux, le Fort Cigogne a été inauguré le 12 septembre 2024.
Du 1er avril au 31 août, l'île Cigogne est interdite au débarquement, pour cause de nidification des oiseaux.
Nous sommes un peu surpris de voir la porte du fort ouverte.
Nous y entrons, ce qui nous permet de voir en partie le travail réalisé lors de la restauration.
Deux ouvriers nous interpellent, ils nous informent que nous ne pouvons rester dans le fort.
Nous comprenons et nous nous contentons de faire le tour par l'extérieur.
La tour fut construite en 1911; elle servait d’amer, c’est-à-dire un repère visuel fixe utilisé par les marins pour se positionner en mer.
Elle permettait notamment d’étalonner la vitesse des bateaux entre l’île de Groix et l’île Cigogne.
Depuis la rénovation du fort entre 2018 et 2024, la tour est étanchéifiée et enduite.
Elle sert désormais de réserve d’eau de secours pour les 80 stagiaires de l’école de voile Les Glénans, qui occupent le site de mai à septembre.
Le fort est aussi équipé de panneaux solaires et d’un système de gestion autonome en eau et en électricité.
Nous reprenons la mer, et naviguons vers l'Est.
Nous voici devant l'îlot de Guéotec.
Autrefois, les fermiers de Penfret utilisaient Guéotec comme pâturage pour leurs animaux, notamment des moutons. Cette pratique était courante sur les îles de l’archipel, où l’isolement permettait de garder les troupeaux en sécurité.
L’îlot est aujourd’hui surmonté d’une tour blanche étroite, qui sert d’amer.
Le cercle qui surmontait la structure est tombé suite à une tempête.
Nous longeons l'île de Penfret par l'Ouest.
Sur la pointe sud se trouve l'ancien sémaphore.
Construit entre 1860 et 1866, celui-ci fut désarmé en 1963 et ensuite loué à l’école de voile des Glénans.
Nous débarquons sur la cale au nord-est de l'île.
Une balade vers le phare s'impose. La vue sur l'archipel est splendide.
Le bleu limpide de la mer rappelle les lagons tropicaux, ce qui vaut souvent aux Glénan le surnom de "petites Caraïbes bretonnes".
Le calme de la mer, les voiliers immobiles, et le ciel dégagé créent une atmosphère de tranquillité absolue, presque méditative.
Ici, le temps suspend son vol.
Chaque clapotis est une caresse, chaque embarcation, une promesse d’évasion.
Et le silence, lui, n’est jamais vide, il est peuplé de souvenirs iodés et de rêves d’écume.
Nous voici devant le phare et le fort de Penfret.
L'association Plein Phare sur Penfret, présidée par Jean Le Cam, a pour objectif, depuis 2012, de réhabiliter et mettre en valeur le patrimoine du phare et du fort. Ils ont déjà réalisé un travail remarquable.
Le fort est construit de 1841 à 1847. En 1842, une batterie semi-circulaire avec un réduit rectangulaire intègre le phare existant. L’enceinte crénelée du fort devient ainsi le soubassement du phare.
Le phare présente une hauteur au-dessus de la mer de 38 m. Sa taille générale est de 24,20 m pour une hauteur de l’optique à 22 m. Il a été électrifié en 1951 puis automatisé le 30 avril 1993. Sa portée est de 21 milles.
La batterie avec ses huit canons prend place en contrebas du phare. En 1889, les forts de Penfret et Cigogne sont déclassés, et Penfret placé sous la responsabilité des Phares et balises.
Les allemands occupent le site pendant la deuxième guerre mondiale.
Nous pique-niquons au pied de l'ancre de marine.
Sur le roc battu par les vents, une ancre rouillée dresse son silence.
Elle ne retient plus de navire, mais les souvenirs d’un temps révolu.
Le lichen la couvre d’or et de vert, offrant à la rouille une parure vivante.
Et sous le ciel pur de Penfret, elle veille encore, immobile et fière.
Après le repas, nous reprenons la mer, pour commencer la traversée vers Beg-Meil.
Nous atteignons le port de Beg-Meil après 2h30 de pagayage, une navigation agréable, sous le soleil, avec une houle favorable.
Près du port, nous rencontrons Brigitte, notre fan numéro un sur ce blog.
Nous avons parcouru environ 25,5 milles nautiques (12,8 mardi et 12,7 mercredi)
Ainsi se terminent ces deux jours de randonnée dans l'archipel.
Quel bonheur d'avoir pu bénéficier de ce créneau météo favorable pour la navigation.
Jean et moi avons redécouvert quelques endroits peu fréquentés de l'archipel, et nous avons eu le plaisir de partager cet environnement exceptionnel avec Marie, Alix et Michel.
Vive le kayak !
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