Lézardrieux, Ile de Bréhat, Paimpol

Publié le par yanike-kayak

Rando kayak Lézardrieux - Ile de Bréhat - Paimpol

29 et 30 octobre 2011

 

  • Samedi 29 octobre  :

Vent de sud - sud-ouest
Mer belle, alternance éclaircies et passages nuageux, pas de pluie.
Distance parcourue : environ 15 miles nautiques.

Après 2h30 de route, nous arrivons au camping municipal de Lézardrieux, fermé en cette saison.
Le camping donne accès à la plage de Traou Trez, qui sera notre point de départ. Nous amenons un véhicule à Paimpol, devant la plage de Tessert.

Tourelles-Trieux.jpg

Nous mettons à l'eau vers 12h15 et commençons la descente du Trieux. Le courant est fort, et de nombreuses marmites se forment sur la rivière.

Port-Lezardrieux.jpg

Le bassin à flot du port de Lézardrieux est au-dessus du niveau de la rivière.
Nous apercevons la Roche Donan, que nous laissons à tribord.
En amont, avant le site de l'EMA (Ecole Maritime Aquacole) se trouve l'épave d'un charbonnier coulé en 1944, qui permet des plongées avec départ du bord, et de belles plongées de nuit.
Au milieu du Trieux, la profondeur atteint 35m.
En face de la roche Donan et de l'autre côté du Trieux, se situe la plage des Craclais, au pied de l'ancienne maison de Georges Brassens.
Poursuivant notre descente, poussés par le vent et le courant, nous passons devant le phare de Coatmer aval.

Fanal Coatmer-copie-1

Le feu antérieur (aval), établissement de signalisation maritime, est situé à l'extrémité de la presqu'île de Coatmer, rive gauche du Trieux. Il a été construit par l'entreprise Le Mercier entre 1867 et 1869. Le 1er janvier 1870 : allumage du feu fixe rouge sur la façade de la maison du gardien. Le service des deux feux de Coatmer amont et de Coatmer aval était confié à un seul gardien, habitant la maison-phare de Coatmer aval. Le fanal, détruit en 1944, a été reconstruit sur le même emplacement que l'ancien édifice. Le fanal qui fonctionnait au propane, fut électrifié en 1959.

En arrivant à l'embouchure, nous laissons à babord l'île à Bois, en face de Loguivy.
L' île à Bois est une presqu'île privée située en face du village breton de Kermouster. Sa superficie est d'environ 15 hectares. Elle est prolongée par la "Petite île à Bois".
Pendant la seconde guerre mondiale, une route a été construite à l'initiative de l'armée allemande. C'est uniquement pendant les grandes marées que cette route est totalement immergée et que la presqu'île redevient une île.
Une ancienne chapelle s'y trouve, qui a également le statut d'amer pour la navigation. Pendant la guerre, les Allemands ont fortifié l'île qui avait une position stratégique sur le Trieux, accès en eau profonde vers Lézardrieux. Aujourd'hui l'île est privée et l'accès en est interdit au public. À l'entrée de l'île se trouve les ruines d'une ferme, tandis que plus loin a été construit une maison néo-bretonne dans les années 1950.

Phare de la Croix

Le phare de la Croix à tribord, nous naviguons vers le nord ouest , afin de trouver une passe vers le sillon du Talbert.
Dans ce dédale de roches, notre tentative est infructueuse et nous devons faire demi-tour, car nous atteignons bientôt l'étale de basse mer, et avec ces forts coefficients de marée, l'estran a gagné beaucoup de terrain...

Nous naviguons ensuite vers l'est en direction de l'île Modez.
Nous faisons halte sur un ilôt rocheux pour pique-niquer.
Une légende raconte que la terre de saint Maudez guérit des vers et préserve des serpents. Selon la tradition orale, Saint Maudez, lorsqu'il débarqua dans l'île, chassa les bêtes vermineuses qui l'infestaient, en renversant l'île. Il y a peu de temps encore, les cultivateurs de Lanmodez venaient prendre de la terre de Maudez pour mettre dans leur cour de ferme. On rapporte aussi que les batraciens s'échappaient des charrettes de foin avant d'arriver à l'Île Maudez. Saint Maudez représente le saint le plus fêté en Bretagne.

Bernache

 Lors de notre navigation, nous croisons des bernaches cravants.
Ces oiseaux migrateurs quittent la Sibérie en novembre et y repartent fin mars pour se reproduire et nicher (mai à juin).
Pour ce long voyage, elles ont fait le plein en se nourrissant d’algues, de laitues de mer, de coquillages et de petits poissons sur les bords de mer et en eaux peu profondes.
Ce sont des Anatidés (famille d’oiseaux aux pieds palmés). Ces oies sauvages effectuent leurs vols migratoires en altitude et s’organisent pour voler en V.

Nous traversons le chenal vers Brehat, et passons entre l'île Verte et l'île de Béniguet.
L'île Verte est occupée en saison par l'école de voile des Glénan. A cette époque de l'année, elle peut constituer un excellent bivouac.

Nous poursuivons notre route vers l'île de Raguenes que nous contournons par le sud, puis traversons vers Port Clos et la balise de Men Joliguet, au sud de Bréhat. Port Clos dispose de trois cales, utilisées au gré des marées.
Brehat-granit-rose.jpg

Nous admirons les roches de granit rose qui bordent cette côte magnifique.
La côte sud aligne ses couleurs entre les bleus de la mer et du ciel : une couche de lichen noir, une couche de lichen jaune, une couche de granit rose, une couche de verdure dominée par des pins. L’île a des allures méditerranéennes.
Nous entrons dans La Chambre, mais nous devons bientôt faire demi-tour car nous n'avons plus d'eau.

Heron.jpg

La Chambre est une alcôve, un havre de paix aux eaux turquoises qui se faufilent entre l’île principale et Logodec (l’île des souris).
Nous assistons à l'envol majestueux d'un superbe héron.
Nous contournons l'île Logodec par le sud et nous nous mettons en quête d'un bivouac.
Sur l'île de Raguenes Meur, nous rencontrons un photographe d'animaux morts, qui navigue en kayak entre les îlots.
Le niveau de l'eau, encore bas, ne facilite pas l'accès à la côte.

Bivouac.jpg

Nous repérons finalement une plage de galets abrupte, en face de l'île Ar Morbic, au nord-est de l'île.
Au nord de l’île, le paysage change. Terminée l’ambiance méditerranéenne. Nous sommes face au vent dominant de nord-ouest, la végétation est rase, bien plus proche de l’Irlande que du sud de la France.
Nous accostons et découvrons là notre bivouac 3 étoiles.
Par un sentier en haut de la plage, nous accédons à une prairie d'herbe rase, entourée de fougères, dans la lande : du velours ......
Nous y installons notre matériel et profitons de la magnifique vue.

 Carte-samedi-29-octobre.JPG

  • Dimanche 30 octobre : 

Vent de sud-sud-ouest
Mer belle, alternance éclaircies et passages nuageux, pas de pluie.
Distance parcourue : environ 9 miles nautiques.

Marées :Marees-30-octobre.JPG

Le soleil se lève sur notre bivouac, après une nuit calme.
En cette fin octobre nous bénéficions du changement d'heure.
Entre Bréhat et l'île de Morbic, nous voyons nettement les effets des forts courants. Le secteur du phare du Paon est un secteur qui peut être dangereux.
Des pêcheurs se placent dans les courants pour taquiner le bar.
Nous décidons de longer la côte Est vers le sud, à contre-courant.
De magnifiques propriétés, dont certaines sont protégées par des murs en moellons de granite, bordent la mer.
La loi littoral ne semble pas s'appliquer ici.

Anse.jpg

Nous faisons une halte à Crec'h Esquern, afin d'y déposer notre poubelle dans un conteneur.
La mer descend rapidement et nous devons nous presser pour avoir de l'eau pour passer le nord de La Chambre.
Nous sortons donc de La Chambre en direction de la Pointe de l'Arcouest, sur le continent.
La première marque est la balise des Piliers.
Le secteur est soumis à des courants de marée importants.

Le schéma général au jusant (vers la BM) est le suivant :

 

  Merci à Antoine Emeriaud, qui m'a fourni cette carte;  elle est valable à mi-marée descendante pour un coeff. moyen (réalisée d’après la modélisation MARC de l’IFREMER, la carte proposée par le guide kayak Le Canotier et ses propres observations).

À mi-marée montante, tout s’inverse.

Merci aussi à M Le Guen pour ses remarques pertinentes.
Il peut varier en direction et intensité en fonction des heures et de la géographie..
Chaque roche qui se découvre génère un système de courant particulier; une fois la roche recouverte par la marée, le système général s'impose.
Dans l’archipel, quatre-vingt-seize îlots ne sont jamais recouverts par les flots, mais à marée basse, ils se comptent par centaines, quasiment tous nommés par des générations de Bréhatins qui ont eu à les éviter ou à les classer parmi leurs coins à homards et à crevettes.

Villa-Bettancourt.jpg
Nous poursuivons notre traversée vers la pointe de l'Arcouest, et nous naviguons devant la villa à colonnades de Liliane Bettencourt, que fit construire dans les années 1920 son père Eugène Schueller, l'inventeur de la première coloration pour cheveux. C'est de la mer que l'on aperçoit le mieux le magnifique domaine Bettencourt et son jardin impeccable entretenu toute l'année. 3,9 hectares avec une maison de 25 pièces, ses dépendances, son court de tennis et sa piscine. De terre, hormis la résidence du jardinier, apercevoir quoi que ce soit relève de la mission impossible. Cette propriété privée contrarie, avec son terrain clos, le tracé du sentier littoral, en empêchant le public d'avoir un accès direct à la mer, pleurent quelques écologistes.

Nous faisons halte sur une plage de galets, afin de pique-niquer.
Cette côte fut le repère d'une colonie de scientifiques. Pendant près de quarante ans, des savants tels que les Curie, Lapicque, Perrin, Langevin, partageant les mêmes idéaux, en ont fait leur lieu de villégiature.
C'est Louis Lapicque, un physiologiste, qui est arrivé le premier. Il fait construire une maison en 1900 et y invite son ami, l'historien Charles Seignobos, comme lui professeur à la Sorbonne. Tous deux reçoivent beaucoup et la baie devient un rendez-vous estival de scientifiques. Entre 1920 et 1940, on y retrouvera quatre prix Nobel, beaucoup de physiciens, Marie Curie, Jean Perrin, André Debierne... Dont les enfants se marient et s'installent à leur tour : Irène Curie et son mari Frédéric Joliot, Charles Lapicque qui a épousé Aline Perrin... Marie Curie fait bâtir sa maison, tout comme Jean Perrin. Près de 36 familles de scientifiques s'enracinent ainsi dans la baie. En 1939, le magazine Match y consacre un reportage. Les journalistes surnomment le hameau « Fort-la-Science » ou « Sorbonne-Plage ».

Nous repartons vers la pointe de Porz Even, qui marque notre entrée dans l'anse de Paimpol.
Auparavant, nous avons laissé à tribord la chapelle de la Trinité.
Ile-Saint-Rion.jpg

A l'Est, nous apercevons l'île de Saint Rion, qui a été remise en culture maraichère en 1978, produisant principalement de la pomme de terre nouvelle.
L'île est située depuis 1981 dans un périmètre classé. Elle appartient aujourd'hui, via une société, à Patrice Allain-Dupré.
En 1999, une convention a été signée entre le propriétaire et le Conservatoire National du Littoral pour une gestion écologique et la conservation du patrimoine.

Nous rentrons dans la baie de Paimpol par le rocher de Roch Skoaltrec, à l'Est de la pointe de Porz Don.
Parcs-huitres.jpg

Etant à la basse mer, nous naviguons jusqu'à ne plus avoir d'eau, au milieu des parcs à huitres.
Ceux-ci couvrent une surface de 750 hectares en baie de Paimpol. Les huîtres ne sont plus élevées au sol (hors la concession isolée de l'Île Saint-Riom) mais sur tables. Elles ne sont plus draguées mais récoltées dans des poches, retournées à chaque grande marée. Les espaces concédés forment un quadrillage balisé dans la baie, entre les chenaux et les îlots.
L'huitre de Paimpol est l'huitre de pleine mer par excellence, exposée aux courants et aux marées.
Sa chair ferme est appréciée pour son goût salé et iodé.
La mer a déserté la baie, et Paimpol est encore loin. Nous devrons attendre la montante pour poursuivre notre périple.

Après plus d'une heure d'attente, la mer revient donc remplir la baie.
Le courant est de plus en plus fort.
Nous avançons en même temps que l'eau.
A babord, derrière les dunes de sable, nous apercevons des barges ostréicoles qui se dirigent vers Paimpol.
Elles utilisent un chenal que nous n'avions pas encore repéré.
Nous faisons demi-tour pour les rejoindre, et, à la tombée de la nuit (nous avons changé d'heure ce week-end), équipés de nos lampes frontales, nous faisons une entrée irréelle dans le port de Paimpol, accompagnés par les travailleurs de la mer.
Ceux-ci transfèrent les huitres dans les camions qui les attendent sur le quai.
La marée est encore trop basse pour nous permettre d'atteindre la plage que nous avions repérée la veille, et devant laquelle nous avions garé l'un de nos véhicules.
Nous restons donc les témoins privilégiés de l'activité nocturne du port.
Des plaisanciers attendent devant l'écluse du bassin à flot, ou bien se font remorquer sur les cales.
Quand le niveau de l'eau nous le permet, nous débarquons enfin sur la cale de Kerpalud.

Carte-Dimanche-30-octobre.JPG

Publié dans Rando Bretagne

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M Le Guen 29/03/2015 08:35

Bonjour,
Très belle balade dans une zone magnifique aux multiples courants puissants,variables et de direction parfois déroutante ............A ce sujet il faut noter qu'une erreur s'est glissée dans le schéma des courants au descendant (vers BM) .le sens du courant dans le Kerpont (entre Brehat et Biniguet) est l'inverse de celui indiqué..........(Ce qui modifie considérablement sur les conditions de navigations dans cette zone)

Antoine 17/08/2017 08:37

Bonjour,
La carte a été corrigée le 16 aout 2017, avec courant dans le bon sens dans le Kerpont.
Merci Pascal !

Antoine 15/08/2017 09:29

Bonjour,
Je confirme ce qu’a dit M Le Guen. Je me suis appuyé sur votre carte pour décider de tourner dans le sens antihoraire en partant de Launay Mal Nommée juste après la PM. En attaquant ce couloir vers le Sud environ à mi-marée descendante, le courant était si fort que j’ai dû bifurquer à gauche, entrer dans la Corderie, porter le kayak de l’autre côté du pont (option très chouette d’ailleurs). M’enfin, comme cette carte sort en première position sur une recherche avec les mots clés "courants bréhat" dans Google Images, il serait peut-être souhaitable de la supprimer ou de la modifier.

Pascal Jouneau 29/03/2015 15:48

Bonjour M Le Guen
Merci pour cette info.
Lors de cette rando, c'est un marin "local" rencontré sur place qui m'a fourni les éléments sur les courants, que j'ai mis en ligne. A l'époque, il avait précisé qu'à cet endroit précis, les infos "officielles" étaient parfois erronées.
Je lui ai fait confiance, et je ne suis pas retourné sur place pour vérifier.
Pascal

patrick badier 03/09/2014 07:54

bonjour, blog très sympas et jolie balade. j'ai trouvé intéressant le schéma des courants au jusant et je souhaiterais trouver un schéma similaire au montant, car je navigue en paddle régulièrement dans l'estuaire du trieux et aimerais traverser pour Bréhat. auriez-vous une info ou un schéma ? vous en remerciant d'avance.

Pascal Jouneau 06/09/2014 12:22

Bonjour Patrick,
Je n'ai malheureusement pas d'autres infos sur le sujet.
Les infos publiées sur ce blog m'ont été données par des "locaux" rencontrés lors de notre balade.
Pascal